Le minimalisme ce n’est pas tout blanc

Au-delà de la tendance : une réponse à l’urgence
Cet été, les incendies ont ravagé d’innombrables hectares de forêt et de biodiversité. Le ciel s’est brouillé, l’odeur de fumée nous est parvenue de loin, et face à cette réalité, il est difficile de rester insensible. S’il existe de nombreuses manières de soutenir notre planète à grande échelle, le besoin de reprendre le contrôle et d’alléger notre propre impact se fait ressentir intimement.
Cela passe, fondamentalement, par notre façon de consommer. Le minimalisme n’est pas une solution magique et parfaite, mais c’est une véritable piste. Au même titre que la Slow Life, il nous aide à vivre plus en conscience avec notre environnement.
Mais que se cache-t-il vraiment derrière ce mot ? Une énième tendance ? Une vraie philosophie de vie ? Faut-il en suivre les préceptes à la lettre pour atteindre un but ultime ? Ces dernières années, le concept a envahi internet, porté par des figures comme The Minimalists, Matt D’Avella ou encore Marie Kondo et sa méthode de tri drastique.
Casser le mythe de l’appartement vide
Le minimalisme pourrait être défini ainsi (d’après : climate consulting) : un mode de vie qui consiste à posséder moins pour vivre mieux. Il s’agit de rejeter la surconsommation pour ne garder que l’essentiel : les objets, les activités et les relations qui ont une vraie valeur ou procurent de la joie.
Mais quelle lecture faire de cette définition ? Si l’on cherche des images associées à ce terme, on tombe souvent sur des intérieurs très lumineux, blancs, et presque vides. Certains minimalistes de l’extrême vous montreront leur quotidien avec un simple matelas à même le sol, deux assiettes dans le placard et un inventaire personnel comptant moins de 100 objets. Bien que ce soit indéniablement minimaliste, ce n’est pas ce que je vous conseille ici… A moins que ce ne soit votre quête absolue.
La définition classique se divise en trois morceaux cruciaux.
La première partie parle de « posséder moins pour vivre mieux ». Ma lecture en est simple : avoir moins de choses chez soi allège le rangement et le ménage. Cela permet de récupérer un temps précieux pour se concentrer sur l’essentiel et cultiver les activités que nous aimons vraiment.
La deuxième partie aborde le fait de « rejeter la surconsommation ». C’est un point fondamental. Comme je l’évoquais dans mon article sur la Slow Life, nous vivons dans un monde où tout est à portée de clic. Nous avons tendance à accumuler « au cas où ». L’idée est de réfléchir au sens des objets qui franchissent notre porte. Il ne s’agit pas d’arrêter d’acheter, mais de le faire en conscience. Petite astuce : vous pouvez adopter la règle du « un entrant, un sortant ». C’est la méthode idéale pour remplacer progressivement vos affaires par des pièces qui résonnent avec vos intentions. Comme changer une vieille lampe par une autre qui vous procure une joie véritable.
Enfin, la dernière partie concerne le fait de « garder l’essentiel ». Cet essentiel est intime et différent pour chacun. Personne ne peut vous dicter le vôtre. Si vous êtes passionné d’aquarelle et que vous aimez avoir une multitude de papiers, de pinceaux et de godets différents, ne jetez surtout pas cela pour rendre votre pratique « minimaliste » ! Il en va de même pour la cuisine ou n’importe quel autre hobby.
Sur ce point, le minimalisme se marie parfaitement avec la philosophie de l’organisatrice Marie Kondo : ne gardez que ce qui vous procure de la joie. Préservez précieusement ces étincelles, ajoutez-y l’essentiel pratique de la vie quotidienne, et vous serez d’ores et déjà sur la voie d’un minimalisme qui vous ressemble.
Le monde ne s’est pas fait en un jour. Prenez le temps d’avancer à votre propre rythme. Pour vous y aider, voici quelques pistes concrètes par lesquelles commencer…
5 outils pratique pour commencer le minimalisme
L’astuce des cintres retournés (La garde-robe sans stress)
Une astuce qui m’a beaucoup aidé quand j’ai découvert cette philosophie, c’est de commencer par mes vêtements. J’avais une armoire bien remplie que je ne triais pas vraiment, sauf quand je me rendais compte que quelque chose était devenu trop petit ou n’était plus à ma taille. Pour les tiroirs ou les étagères, je n’ai pas de solution miracle : il faut passer en revue ce qu’on a. J’aime l’idée de ne pas avoir de choses en excès, j’essaie donc de déterminer quelle quantité est nécessaire pour mon quotidien. Si je fais les lessives une fois par semaine, je sais qu’au plus large, j’aurai besoin de 7 t-shirts, 7 sous-vêtements, etc. Dans la pratique, je sais que je peux prendre un peu de retard ou avoir besoin d’un peu plus quand je pars en vacances, donc je prévois une petite marge, disons 10 de chaque par exemple.
En revanche, pour tout ce qui est suspendu, j’ai découvert la technique des cintres retournés. Le principe est simple : vous retournez l’ensemble des cintres de votre penderie. Quand vous portez un vêtement, au moment de le ranger, vous remettez le cintre dans le bon sens. Au bout d’un certain temps, vous regardez ce qui est retourné et ce qui ne l’est pas. Si le cintre est resté à l’envers, c’est que vous n’avez pas porté le vêtement. C’est le bon moment pour se poser la question de ce qui est à donner, à jeter, ou même à revendre. Faites cela sur 6 mois ou sur 1 an. Mais attention, si vous le faites sur une période plus courte, pensez aux vêtements de saison. Ne jetez pas une veste de ski qui n’a pas été portée si vous n’êtes pas parti cette année !
La règle du « 1 objet par jour » (La méthode lente)
Un objet par jour en forme toujours… Passer son week-end ou ses vacances à trier sa maison peut être épuisant, au point de finir par ne rien faire du tout. Si vous voulez y aller en douceur, essayez plutôt de faire sortir de chez vous un objet que vous n’utilisez plus par jour. Un seul petit objet par jour, et en un an, vous aurez débarrassé votre environnement de 365 objets. Certains décident aussi de faire un objet le premier jour, deux objets le deuxième, et ainsi de suite.
Une autre variante que j’aime beaucoup est la règle du « un entrant, un sortant ». J’achète une nouvelle cuillère en bois ? Je regarde si je n’ai pas une vieille cuillère que je peux donner ou jeter. Si c’est un autre objet qui sort à la place, c’est très bien aussi. Le principe est simplement : une chose qui rentre, une chose qui sort.
La règle des 90/90 et le filet de sécurité des 20/20
Quand on est en plein tri, il est parfois difficile de décider si on garde ou non un objet. Voici deux petites questions qui peuvent vous aider à trancher :
- La règle des 90 jours : Face à l’objet, posez-vous la question : « Est-ce que je l’ai utilisé au cours des 90 derniers jours ? » Et si non : « Est-ce que je l’utiliserai au cours des 90 prochains ? » Si la réponse est non à ces deux questions, il y a de grandes chances pour que vous puissiez vous en séparer. Mais là encore, faites attention aux objets de saison et au moment où vous vous posez la question. Et si vous avez encore un doute, passez à la deuxième règle.
- La règle des 20/20 : Est-ce que l’objet coûte moins de 20 € ? Et si je devais le remplacer parce que je n’en ai plus, est-ce que cela me prendrait moins de 20 minutes ? Cette règle est assez flexible. En fonction de votre budget et de votre style de vie, vous pourriez descendre à 10 € et 10 minutes, ou 10 € et 30 minutes. Trouvez juste la formule qui vous convient et tenez-vous-y !
Le système des bacs et le « carton de quarantaine »
Lorsque vous vous lancez dans le tri, préparez un espace avec un système de bacs ou de cartons : un à jeter, un à donner et un à vendre. Quand vous triez, déposez-y directement les objets. Quand les bacs sont pleins, ou que vous avez un peu plus de temps, occupez-vous de l’action indiquée. Cela permet d’enlever la charge mentale de devoir tout gérer dans l’instant, tout en offrant un petit temps de réflexion avant que les choses ne disparaissent. Qui sait, peut-être aurez-vous enfin besoin de cette cravate à petits canards que vous n’aviez jamais portée jusqu’alors !
D’ailleurs, ce délai de réflexion peut être accentué via une boîte de quarantaine. Vous mettez tous les objets sur lesquels vous doutez dans une boîte fermée, et vous vous fixez un délai, par exemple 6 mois. Si à cette date vous n’avez pas ouvert la boîte, vous vous en débarrassez sans même regarder à l’intérieur. Si vous avez besoin de quelque chose pendant la durée de la quarantaine, vous pouvez aller le chercher et lui retrouver une place dans votre intérieur.
Protéger ses sanctuaires créatifs (Garder le meilleur pour la fin)

Enfin, mon dernier conseil, et le plus important : ne touchez pas à vos passions, ou du moins, ne commencez surtout pas par là ! Si vous souhaitez faire le tri dans votre matériel, vous pouvez bien sûr le faire. Mais on est souvent plus attaché à ce qui nous procure du plaisir, et c’est normal.
Être minimaliste, ce n’est pas ne rien avoir. C’est avoir ce qui a du sens et qui nous procure de la joie. Si vous rêvez d’une bibliothèque personnelle avec des livres qui débordent des étagères et que vous lisez énormément, gardez-les précieusement. Si vous adorez tricoter et que vous avez une grande collection d’aiguilles et de pelotes, ne faites pas le tri : vous allez les utiliser. C’est la même chose pour tout ce qui vous passionne. D’ailleurs, je vous conseillais de commencer par les vêtements, mais si c’est votre passion absolue, n’hésitez pas à commencer par une autre catégorie !
Conclusion
Pour moi, le minimalisme ce n’est pas tout blanc. Ce n’est pas un intérieur aseptisé, c’est un espace adapté et aligné avec sa propre vie. Si votre maison est remplie d’objets qui vous rappellent des souvenirs et vous apportent de la joie, cela ne vous empêche pas d’être minimaliste. En revanche, si vos objets de déco ont juste été achetés pour combler des vides, la réflexion n’est plus la même.
Et puis, quand on vit avec quelqu’un, l’autre peut ne pas avoir la même philosophie et ne pas vouloir l’appliquer à son quotidien. Alors, vivre avec un non-minimaliste, c’est possible ? Je vous en parlerai peut-être dans un prochain article ! Parce que ma maison n’a pas l’air minimaliste du tout, mais ma réflexion est pourtant bien présente, et dans les faits, je ne possède pas tant d’objets que ça.